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DE LUC MICHEL


Analyse en septembre 2004
« La Cause des Peuples » – n° 21

L’IMPACT DU « COMMUNAUTARISME EUROPEEN » A L’EST
1Ere partie
DU KPRF AU PCN :
LA MOUVANCE NATIONAL-COMMUNISTE

A paraître prochainement :
2ème partie
LA MONTEE DE L’ « EURASISME »
3ème partie
LE LABORATOIRE YOUGOSLAVE

LA MOUVANCE NATIONALE-COMMUNISTE

Les politologues sérieux classent la doctrine du PCN – que nous appelons le « Communautarisme européen » – comme « nationale-bolchevique » ou « nationale-communiste » (Quand le PCN était représentés en Belgique au Parlement wallon, la questure nous avait repris sous cette étiquette). Un vocable réducteur mais qui a le mérite d’être explicite en illustrant la démarche idéologique : fusion des luttes de libération nationale et sociale.

Parmi les formes modernes de « national-communisme » on place en compagnie du PCN en Europe le KPRF de Zuganov en Russie, le SPS de Milosevic, l’ex-JUL (la Gauche Unie Yougoslave) « néo-bolchevique » de Mira Markovic, ou encore le régime de Lukashenko au Belarus. Le FLN vietnamien ou la Corée du Nord appartiennent au même univers idéologique.

S’il est né en Europe de l’Ouest avec les théoriciens du « Communautarisme européen », c’est évidemment en Europe de l’Est, terrain fertile, qu’il s’est développé et monte en puissance. « Le spectre du National-communisme hante l'Europe orientale », écrivait Yves BATAILLE dans l’hebdomadaire « L’EUROPE COMMUNAUTAIRE » en octobre 1999 : « Une coalition nationale-communiste est au pouvoir à Belgrade. En Biélorussie, le président Lukashenko incarne la même synthése unitaire. En Ukraine, le leader national-communiste Simonenko, malgré le silence des media, représente la seconde force du pays à l'élection présidentielle. Et le Parti Communiste de la Fédération de Russie, première force d’opposition du pays, conduit un Bloc patriotique dans la droite ligne de la « Troisième Rome » nationale-bolchevique. Sans parler des Nationaux-léninistes de la « Russie du Travail » de Viktor Ampilov, encore plus radicaux (…) En Russie, en Biélorussie, en Serbie, en effet, l'évolution des communistes se fait moins en direction de la social-démocratie compradore et du libéralisme qu'en direction du nationalisme populaire et révolutionnaire. D'où l'importance dans ces pays des passerelles « nationales-communistes ». »

Il analyse en particulier l’expérience du « laboratoire yougoslave », sur laquelle nous reviendrons : « En Yougoslavie les « communistes », qui se disent « socialistes », semblent devenus « nationalistes ». Savoir s'ils sont sincères ou non n'a aucun intérêt. Ils n'avaient pas le choix, S'ils voulaient survivre, il leur fallait tenir compte de la nouvelle situation. C'est pourquoi ils ont accepté de partager le pouvoir avec le « Parti radical serbe » (SRS) qui est, d'une certaine façon, leur protection. Certes, les radicaux n'ont pas de « ministères de forces », mais on leur a confié quinze porte-feuilles sur trente dont l'important ministère de l'information, le ministre des transports, celui des cultes etc. Si les socialistes partagent le pouvoir politique avec les radicaux, ils conservent la main sur le secteur économique. Mais l'influence radicale n'est pas négligeable. Certains avancent la formule du « tu me tiens, je te tiens par la barbichette ». En fait, les partis sont en train de former un Bloc national face à la « situation de détresse ». En l'absence de perspective internationaliste – le Nouvel Ordre Mondial est la nouvelle internationale –, une partie des néo-socialistes serbes sont devenus ou deviendront des socialistes nationaux, des nationalistes révolutionnaires. Plus l' « Ultra-Occident » pentagoniste se montrera intransigeant et odieux, plus le rapprochement entre les communistes et les nationalistes sera facilité, pouvant aller jusqu'à la fusion et déboucher sur une intéressante « synthèse des pôles opposés ». A ce moment-là, il ne s'agira plus seulement de tactique mais la force nouvelle d'une Troisième position, modèle pour tout le continent européen, sera née ».

 

L’EMPREINTE DU NATIONAL-COMMUNISME
SUR LE XXe SIECLE

L’origine de ce courant, qui a marqué de son empreinte puissante le XXe Siècle, est l’aile gauche du Parti bolchevique avant 1917, comme l’a précisé l’étude fondatrice du professeur Agursky sur « La Troisième Rome, le National-bolchevisme en Russie ».

Après la victoire de Staline, cette idéologie devait s’affirmer comme le courant dirigeant en URSS (comme vient encore de le démontrer magistralement le professeur Brandenberger dans son « National Bolshevism. Stalinist Mass Culture and the Formation of Modern Russian National Identity »). Comme l’analyse pertinemment Philippe BUTON dans « Communisme : une utopie en sursis ? », la démarche idéologique est caractéristique : « Staline a l’intelligence de ne pas séparer ni de juxtaposer, mais de fusionner ces deux éléments, à l’origine antithétiques, que sont le communisme et le patriotisme ».

Au travers de toute l’histoire du XXe Siècle, le National-communisme s’est révélé être le meilleur rempart contre l’impérialisme et le colonialisme. De la victoire de Stalingrad à la lutte de libération du Vietnam en passant par celle de Mao en Chine ou de Castro et du Che à Cuba, cette idéologie libératrice, qui conjugue les exigences de la question nationale et de la question sociale, est le seul rempart véritable contre l’Impérialisme.

Et ce n’est pas un hasard si au cours des 15 dernières années seuls des régimes national-communistes ont tenu tête à l’hyperpuissance américaine après l’implosion de l’URSS. La Yougoslavie de Milosevic, le Belarus de Lukashenko, la Corée du Nord en sont de bons exemples.

 

LE ROLE INITIATEUR DU PCN

Au sein de cette mouvance, le PCN a joué un rôle initiateur dès le début des années 80, jetant les bases idéologiques du national-communisme moderne et opérant en son sein les premières convergences politiques qui vont caractériser ce courant.

Alors que la campagne de presse sur le « retour du national-bolchevisme » faisait la Une des media français de l’Eté 1992, l’hebdomadaire « TELE MOUSTIQUE » (Bruxelles, 2 septembre 1993) soulignait la primauté du PCN et titrait « Les nationaux-bolcheviques. depuis Charleroi, ils planifient un Empire de l’Europe l’Asie » (c’est à Charleroi, ancienne région minière – le « Pays noir » – que se situait les locaux du premier secrétariat-général du PCN, avant notre installation à Bruxelles).

L’hebdo bruxellois y précisait ce qui suit : « Cet été, le « scandale » français, relaté par des journaux tels que LE CANARD ENCHAINE, LE MONDE et LIBERATION, a provoqué des réaction outrées de la part de certains dirigeants du Parti communiste français. Certains disaient découvrir cet « enfant monstrueux né d’une complicité entre l’extrême-droite et certains mouvements de gauche ». Disant cela, ils péchaient par manque information. Car le phénomène « national-bolchevique » est né et s’est structuré, il y a plus de dix ans, au cœur de notre pays noir (...) Dès sa création, le parti se revendiqua de l’idéologue belge Jean THIRIART (1902-1992) (…) Ce félin de la subversion (...) devint avec Luc MICHEL, le théoricien du PCN. THIRIART était considéré par ses émules comme le « Lénine de la révolution européenne ». Quand à lui, il aimait se définir comme un « national-bolchevique européen » qui revendiquait une alliance avec feu l’URSS pour la création de l’Empire EURO-ASIE ». THIRIART, avant son décès en novembre 1992, avait établi des liens étroits avec les nationaux-révolutionnaires néo-bolchevique russes. Le PCN se veut un parti européen. Il rêve de voir surgir, sur la débâcle des régimes occidentaux, un Empire « socialiste national européen ». Pour ce faire, il y développé un semblant de toile d’araignée sur le Vieux Continent... Le PCN est également le représentant en Belgique du FRONT DU SALUT NATIONAL RUSSE, une alliance entre traditionalistes russophiles et nationaux-bolcheviques orthodoxes adversaires au président Boris ELSTINE. Luc MICHEL, le leader du Parti communautaire national-européen, souhaite mettre sur pied, sur le modèle léniniste d’organisation, un large « Front uni noir, rouge, vert, unifiant nationaux révolutionnaire, nationalistes, nationaux-communistes et écologistes. (...) Notre but doit être d’organiser la révolte », précise-t-il dans un document de travail, dont TELEMOUSTIQUE dispose une copie, destiné à ses futurs alliés. Il poursuit : « Il ne faut pas se faire d’illusions sur une crise globale et simultanée du Système. Nous devrons donc être prêts à concentrer nos forces et à rejeter notre glaive dans la balance de l’histoire. (...) Notre but c’est la subversion et le renversement du Système ». A suivre… »

 

LE SUCCES DES IDEES « NATIONALES-PATRIOTIQUES »
ET EURASISTES DANS TOUTE LA RUSSIE

Le recul de nos camarades russes du KPRF aux dernières élections législatives russes s’inscrit dans un double phénomène : d’une part la main-mise totale du régime de Poutine sur les media, les institutions et la vie politique russe, avec une offensive sans précédent contre la seule force d’opposition que représente le KPRF, d’autre part – et ce n’est pas le moindre paradoxe – le succès des idées « nationales-patriotiques » et eurasistes développées par la mouvance du KPRF et qui se sont répandues dans toute la Russie, suscitant de nombreux concurrents qui ont vidé le Parti de ZOUGANOV d’une part importante de ses électeurs au profit d’autres formations (le plus souvent inspirées par le Kremlin – dont LE MONDE soulignait « l'habile stratégie de division » –, comme « Rodina »).

LE MONDE (16 septembre 2003) écrivait à ce propos : « Le scrutin législatif du 7 décembre sera le quatrième depuis la chute de l'Union soviétique. Il sera suivi en mars prochain d'une nouvelle élection présidentielle. La victoire de Vladimir Poutine au printemps ne fait pour le moment guère de doutes. Mais, à la Douma, le parti qui le soutient est menacé par la récente montée dans les sondages du parti communiste qui bénéficierait ainsi du mécontentement d'une partie de la population contre le gouvernement (mais pas contre le président). Au coude à coude, Russie Unie et les communistes ont lancé leur campagne. Une bataille qu'est venue compliquer l'émergence d'un nouveau parti, Rodina (terre natale) : Sergueï Glaziev, un économiste réputé jusqu'alors proche des communistes, vient de créer son propre mouvement et vise l'électorat de gauche insatisfait. Son initiative a cependant éveillé les soupçons de plus d'un analyste : Sergueï Glaziev s'est en effet entouré de personnalités venues de divers horizons, dont l'un des proches de… Vladimir Poutine. D'aucuns n'hésitent donc pas à affirmer que Rodina a en fait été lancé avec le soutien du Kremlin pour aider le président à chasser des voix sur les terres communistes ».

 

LA MUTATION NATIONALE-COMMUNISTE DU KPRF

Le KPRF, le « Parti Communiste de la Fédération de Russie », est l’exemple type d’un parti communiste qui, sous l'impulsion de Guenadi ZUGANOV, a su concilier une volonté de justice sociale avec un combat pour l’indépendance nationale. Ancien co-président du « FRONT DU SALUT NATIONAL », (que le PCN représentait à Bruxelles jusqu'à son interdiction par le Régime d’ELTSINE, en octobre 1993), puis dirigeant de l’ « ENTENTE POUR LA RUSSIE » (créé en mars 1994), deux formations unitaires nationale-patriotes impulsées par le KPRF, ZUGANOV a su donner un nouveau départ à son Parti, rejetant les utopies d’un collectivisme qui a fait faillite, et lui donnant une dimension nationale qui a fait son succès. ZUGANOV, qui en compagnie de Egor LIGATCHEV avait longuement reçu notre conseiller politique Jean THIRIART à Moscou en août 1992, a su également tendre la main aux autres forces de l'opposition nationale-patriotique dans le cadre d’une politique de Front Uni contre le Système qui est aujourd’hui un modèle pour toutes les forces d’opposition radicales en Europe. « L'ombre du national-communisme avance, le régime sent le moisi (…) Ce petit apparatchik de la province rurale, doué d'un sens de l'organisation peu commun, a réussi à regrouper toutes les forces communistes, stalinistes et pro-soviétiques derrière lui. L'étiquette est rouge, mais le contenu purement nationaliste. Son message : la Russie, dépouillée par les nouveaux riches et mise à genoux par l'étranger, doit se relever. Elle est un monde à part, ne peut être comparée à nulle autre nation », commentait « L’HEBDO » (Lausanne, 21 mars 1996).

Dés décembre 1993 (suite à un premier succès du KPRF lors des élections législatives russes de décembre 1983, où le bloc national-patriote mené par le PCFR était devenu la première force de la « DOUMA »), seul nous annoncions, sous les sourires amusés des « spécialistes », la montée en force du parti de ZOUGANOV : « le phénomène politique est la constitution d'un bloc communiste par le PCFR et son émergence électorale. Cette émergence donne un cinglant démenti à tous ceux qui avaient annoncé la mort et la disparition du communisme en Russie en août 91. Alors que les apparatchiks des ères BREJNEV et GORBATCHEV forment aujourd'hui le personnel eltsinien, les forces saines de l’ancien PCUS ont suivi la voie de la reconstruction d'un parti communiste de plus en plus national En Russie aujourd'hui, l’alternative, ce n’est pas JRINOVSKI, et ses rodomontades, mais Guenadi ZOUGANOV, avec sa nouvelle synthèse entre nationalisme et communisme ».

La revue « SPECTACLE DU MONDE » (janvier 1996) déplorait d’ailleurs le caractère nationale-patriote du PCFR. « Rien à voir en effet avec ces innombrables partis sociaux-démocrates qui fleurissent depuis cinq en Europe de l’Est et non de cesse de faire oublier leur lourde hérédité » précisait le mensuel parisien de droite libérale, qui ajoutait que le parti de ZUGANOV est « aux antipodes de la PERESTROÏKA des années quatre-vingt » et qu'il n'a pas laissé à l’extrême-droite « le monopole de l’ultra-nationalisme puisque la défense de la culture russe « contre l’emprise étrangère » figurait en bonne place dans le programme électoral du PC et qu'elle s'est accompagnée durant la campagne de déclarations antisémites ». Entendez par là que la mafia cosmopolite et interlope qui tente d’imposer l’ultra-libéralisme en Russie depuis une décennie figure parmi les adversaires prioritaires du KPRF !

Egor GAÏDAR, leader des ultra-libéraux russes, figure emblématique des réformes « à l’américaine » dans la Russie d’Eltsine, évoque, lui, un « parti communiste impérial » qui « subit en Russie une métamorphose national-socialiste ». Dix ans après les thèses de Jean THIRIART sur la « mutation du communisme » et « l’Empire euro-soviétique », leur application s’est concrétisée en Russie (au-delà de la caricature de GAÏDAR) !

A l’Est comme à l'Ouest de notre continent européen colonisé, l’unité des forces d'opposition nationales et sociales est en effet le préalable indispensable à une lutte efficace contre l’impérialisme américain, le cosmopolitisme niveleur et l’ultra-libéralisme qui détruisent nos peuples.

 

JIRINOVSKI :
L’EXTRÊME-DROITE RUSSE
AUX CÔTÉS DU RÉGIME D'ELTSINE !

Il nous faut ouvrir une parenthèse et dire quelques mots sur le PLD de JIRINOVSKI, parfois abusivement assimilé aux nationaux-patriotes russes.

Le « Parti Libéral Démocrate » de JIRINOVSKI ne fait nullement partie de l’Opposition patriotique russe. Les positions constantes de son leader en faveur de la nouvelle Constitution eltsinienne et contre le Parlement lors des évènements d’octobre 1993, firent, dès ses origines, plus que douter de la volonté anti-régimiste du PLD. Dès la fin des élections de décembre 1995, JIRINOVSKI s'était d'ailleurs une fois de plus opposé au bloc national-patriote rassemblé autour du PCFR, empêchant celui-ci d'atteindre la majorité absolue à la "Douma" et a soutenu une fois de plus le Régime d'ELTSINE. Aujourd’hui, le PLD figure parmi les meilleurs soutiens de POUTINE.

En Russie, comme partout ailleurs, l’extrême-droite est une diversion utilisée par le Régime pour fixer une part importante des mécontents sur des slogans simplistes et des programmes sans avenir, pour éviter que ces mécontents ne rejoignent un véritable mouvement révolutionnaire. Dans « Le retour de la Russie », Michel GURFINKEL et Vladimir FEDOROVSKI partagent notre analyse : « Difficile de ne pas voir dans Jirinovski l’agent d’Eltsine, et de ne pas admirer la manœuvre par laquelle ce dernier a fabriqué un extrémiste pour « geler » à son profit les sentiments nationalistes, derjaviste (l’idéologie nationale-étatiste de la « puissance » – derjava – russe – Ndla) qui ne font que se renforcer dans le pays. Le Kremlin a donné toutes les facilités au chef du PLD (…) ses liens avec Eltsine apparaissent comme la clé de ses stratégies politiques successives, ou de ses provocations, tout comme un pacte secret avec Mitterrand semble avoir été, en France, l’ultima ratio d’un Jean-Marie Le Pen ».

ELTSINE disparu, le PLD reprendra immédiatement du service auprès de POUTINE. A la nouvelle Douma, « Outre les 300 députés affiliés à Russie unie, le président russe pourra également compter sur le soutien de deux formations disposant chacune de 36 sièges : le Parti libéral démocratique (LDPR) du dirigeant nationaliste et populiste Vladimir Jirinovski et Rodina », annonce REUTERS. LE MONDE (28 décembre 2003) ajoute que « bien que le LDPR soit théoriquement dans l'opposition, il a toujours soutenu le Kremlin à la Chambre basse du Parlement russe ». JIRINOVSKI, lui, affirme qu’ « Il n'y a pas d'informations négatives sur Poutine, aucun argument pour le critiquer »…  

 

L’ASSAUT FRONTAL DU REGIME
DE POUTINE CONTRE LE KPRF

Peu suspect de sympathie pour le KPRF, LE MONDE (6 décembre 2003) évoquait une « farce électorale » à propos des dernières législatives russes et expliquait les moyens développés pour briser la principale force d’opposition, notamment la « campagne anticommuniste de Russie unie », le parti de Poutine : « Les esprits ont été préparés à un échec du Parti communiste pour le scrutin de dimanche. Il y a un an, le parti représentait près du tiers de l'électorat, selon les sondages. Depuis un mois, il est crédité au mieux de 25 % des suffrages, si ce n'est de 15 % si l'on en croit le grand institut de sondages Vtsiom, proche du Kremlin. Les observateurs politiques notent que, s'il passait sous la barre des 20 %, les résultats seraient considérés comme suspects, étant donné son audience. Pendant la campagne, les chaînes de télévision publiques n'en ont parlé que pour en dire du mal. Russie unie, la formation pro-Kremlin, en a fait sa bête noire, dans son souci d'emporter la majorité à la Douma (Chambre basse), voire la majorité constitutionnelle des deux tiers. Gouverneurs, ministres et maires, partisans du pouvoir, ont tout fait pour empêcher les candidats communistes de rencontrer les électeurs, en faisant fermer les salles, couper l'électricité, accuse le dirigeant du parti, Guennadi Ziouganov. « Si c'est ça la démocratie, alors qu'est-ce que l'autoritarisme et l'arbitraire ? », demande le chef communiste dans une lettre qu'il vient d'envoyer à Vladimir Poutine. Les rôles sont aujourd'hui inversés : l'ancien parti unique dénonce l'hégémonie du parti présidentiel et la « farce électorale » de dimanche ».

Directeur du Centre de technologie politique, Igor Bounine tente, dans la « PRAVDA », quotidien du KPRF, d'analyser le recul du Parti par l'étude de la « subculture » communiste : « Dans les difficiles années 1990, il a regroupé l'électorat protestataire, ce qui lui a permis de garder une cote de 25 %. Mais certains phénomènes qui avaient contribué à son succès ont cessé de fonctionner, comme la nostalgie. Ce complexe très puissant était exploité à fond par les communistes. Mais Poutine l'a en partie récupéré en restaurant l'hymne soviétique et le drapeau rouge pour l'armée russe. Il y avait aussi le complexe de restauration de l'URSS, mais il s'est semble-t-il désagrégé de lui-même, les gens étant las de regarder vers le passé. Enfin, le choc frontal entre l'appareil d'Etat et le PC a abouti à la défaite de ce dernier ».

Viatcheslav Nikonov, directeur de la « Fondation Politique », ajoute que « la stratégie du Kremlin de division de l'électorat communiste a bien fonctionné. Le parti nationaliste La Patrie, fondé peu avant le scrutin, a surtout drainé les voix communistes ».

Les observateurs européens chargés de superviser les élections des députés à la Douma critiquent, eux, les conditions de la victoire du parti présidentiel et fustigent « l'usage intensif de l'appareil d'Etat et le favoritisme des médias envers le parti présidentiel ». « Le principe de traitement égal pour toutes les parties a été enfreint », a souligné le chef de la mission de l'OSCE, Bruce George, pour qui « les résultats électoraux ont été en grande partie faussés ». « Ces élections ont été libres, mais elles n'ont certainement pas été justes », a affirmé David Atkinson, chef de la délégation parlementaire du Conseil de l'Europe.

 

LA MONTEE DES IDEES NATIONALES-PATRIOTES EN RUSSIE

Nous évoquions le paradoxe – mais en est-ce un ? – qui voit le recul électoral du KPRF s’accompagner d’une montée sans précédent des idées nationales-patriotes non seulement dans la vie politique russe, mais aussi dans la société civile et les milieux militaires.

Les partisans de l’impérialisme américano-sioniste sont les premiers à s’en inquiéter et à souligner les dangers de la victoire – à la Pyrrhus ? – du régime de Poutine. L’analyse du media sioniste en ligne « PROCHE-ORIENT INFO » (12 décembre 2003) est significative : « La montée des « nationaux-patriotes » poussera-t-elle Poutine à sacrifier aux sirènes de l'anti-américanisme et de l'anti-sionisme ? Vladimir Poutine n'est pas prêt à abandonner la politique globalement pro-occidentale qu'il a menée jusqu'ici. Cependant, la nouvelle Douma pourrait conduire le Kremlin à accorder des concessions aux députés en matière de politique extérieure de manière à conserver leur soutien. Ce qui aurait pour conséquence possible d'affecter la résolution du conflit du Proche-Orient. Analyse. Si le parti du pouvoir Russie unie est le grand vainqueur des élections législatives russes du 7 décembre, ce qui devrait donner un blanc-seing à Vladimir Poutine pour poursuivre sa politique, la montée de mouvements ouvertement « nationaux-patriotes » et chauvins, concomitante avec l'éviction des partis libéraux, ne manque pas d'introduire un risque de durcissement par « contamination » de la politique gouvernementale. Dans la précédente Douma, les tendances nationalistes extrêmes s'exprimaient de manière épisodique et désordonnée et les prises de position péremptoires d'hommes réputés proches du Kremlin, comme celle du président de la commission des Affaires étrangères Dmitri Rogozine, n'avaient aucune influence visible sur la politique du président Poutine. Aujourd'hui, la donne est radicalement changée. Les thèses anti-occidentales de Rogozine sont devenues celles de Rodina, la formation qu'il dirige conjointement avec Sergueï Glaziev, un économiste de gauche, transfuge du PC. Leur programme (que les libéraux qualifient de « national-socialiste » au sens originel du terme) peut être schématisé d'une phrase : retour à l'URSS sans les communistes, c'est-à-dire politique de superpuissance, reconstitution d'une grande Russie englobant les anciennes républiques soviétiques devenues indépendantes en 1991 (à l'exception des États baltes), rôle central de l'État dans l'économie (en s'inspirant du modèle chinois), valorisation du secteur militaro-industriel et émergence d'un monde multipolaire grâce à la sempiternelle alliance eurasiatique contre les États-Unis. Cette « fixation » contre l'Occident n'est pas seulement induite par la rivalité de la guerre froide : d'un point de vue cynique et utilitaire, le complexe militaro-industriel russe ne peut relancer une production massive d'armement (censée doper l'économie) sans la présence d'un ennemi titanesque. Or, dans le monde d'aujourd'hui, seule l'OTAN peut symboliser cet adversaire. Avec la disparition du pôle libéral, il est fort à craindre que les idées de Rodina (qui constituent également le socle théorique du Parti de Jirinovski) ne finissent par contaminer le parti Russie unie, bloc composite sans idéologie dont le seul programme tient en trois mots : soutenir le président. Même si Poutine a d'ores et déjà annoncé qu'il comptait poursuivre les réformes et ne pas changer sa politique extérieure, le poids délétère des idées nationales-patriotiques à la Douma peut se manifester très rapidement par la légitimation d'un comportement « impérial » envers les autres États de la CEI. Il est certain que Vladimir Poutine n'est pas prêt à abandonner la politique globalement pro-occidentale qu'il a menée jusqu'ici et qui a fait de la Russie un membre à part entière du jeu politique occidental, passerelle entre les États-Unis et certains pays asiatiques comme l'Iran, mais aussi go-between entre Washington et l'Europe, comme lors de l'adoption de la résolution 1511 sur l'Irak en octobre dernier. En revanche, la contamination idéologique de la Douma peut conduire le Kremlin à accorder des concessions aux députés en matière de politique extérieure de manière à conserver leur soutien. Le retour à une situation proche de celle des années Eltsine, lorsque le Kremlin était obligé de sacrifier aux sirènes de l'anti-occidentalisme pour « vendre » les réformes économiques indispensables à une Douma hostile, deviendrait alors possible. »

Le groupe d’études stratégiques américain STARTFOR, dans une analyse intitulée « The Year of Eurasia », soulignait dès janvier 2000 le « talon d’Achille » du régime de Poutine : « il est préparé à agir comme un nationaliste russe, mais il n’est pas encore prêt à rompre ses relations avec l’Occident. Cela conduira, à court terme, à des politiques complexes et contradictoires ».

La création de « Rodina », sous l’impulsion du Kremlin, et qui a repris bon nombre des idées nationale-communistes, pourrait en effet à terme se révéler un redoutable cheval de Troie anti-occidental, comme le souligne LE MONDE (8 décembre 2003) : « Le brusque essor électoral du bloc Rodina (la Patrie), a constitué l'une des surprises, – très inquiétante aux yeux des démocrates – des élections législatives du dimanche 7 décembre, en Russie. Cette formation résulte d'un assemblage hétéroclite. Elle réunit Sergueï Glaziev, un économiste issu des rangs du Parti communiste, qui avait en vain brigué, en 2002, le poste de gouverneur de l'immense région de Krasnoïarsk, face aux tenants des groupes oligarchiques ; Dimitri Rogozine, le bouillant représentant spécial de Vladimir Poutine pour la question de Kaliningrad, un farouche nationaliste aux liens sans doute anciens avec le KGB ; Viktor Guerachenko, l'ancien gouverneur de la Banque centrale ; et encore le général Valentin Varennikov, l'un des auteurs du putsch d'août 1991 contre Mikhaïl Gorbatchev. Leur message est un mélange de diatribes contre les oligarques et de slogans nostalgiques de la grandeur impériale perdue de l'URSS. La télévision d'Etat leur a ménagé de confortables temps d'antenne. L'homme à l'origine de ce projet politique est Vladislav Sourkov, un des chefs adjoint de l'administration présidentielle. Lancé trois mois avant le scrutin législatif, Rodina – qui a failli s'appeler « Tovarich » (Camarade) –, avait pour but initial de chasser sur les terres électorales du Parti communiste, afin de l'affaiblir face à la formation soutenue par Vladimir Poutine, Russie unie. Des fonds provenant, dit-on, du complexe militaro-industriel, ont alimenté le budget de la campagne ».

Dimitri Rogozine (40 ans), diplômé de la faculté journalisme de Moscou, chef en 1989 d'une délégation officielle soviétique à Paris pour les fêtes du bicentenaire de la révolution française en 1989, puis fondateur en 1993 d'un petit parti nationaliste, le « Congrès des communautés russes », a pu donner la mesure de ses points de vue radicaux. Pour lui, le démantèlement de l'URSS « a été illégal ». La Géorgie, depuis le renversement d'Edouard Chevardnadze, est « un Etat marionnette aux mains des Américains », où il souhaiterait voir arriver au pouvoir l'ancien chef des services secrets géorgiens, Igor Georgadze, lié à Moscou. Si Tbilissi résiste, a-t-il laissé entendre, cela « pourrait coûter à la Géorgie des morceaux de son territoire », allusion à l'appui prodigué par le Kremlin aux régions séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Enfin, Rogozine est partisan d'une « Union eurasienne » réunissant la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine et le Kazakhstan.

 

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