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DE LUC MICHEL

EDITORIAL DE MAI 2005
"NATSIA EVROPA" (Editon euro-russe) - N° S02
9 MAI 1945 :
LA VICTOIRE DU NATIONAL-BOLCHEVISME STALINIEN !
- Suite -
PERSONNE
NE DEVRAIT MINIMISER LES SACRIFICES
REALISES PAR L’UNION SOVIETIQUE
« Personne ne devrait minimiser les sacrifices
réalisés par l’Union soviétique pour remporter ce que les Russes
appellent la Grande Guerre patriotique. L’URSS a perdu 27 millions de
ses habitants dans ce conflit, soit plus que les pertes subies par
l’ensemble des Alliés réunis »,
rappelle THE ECONOMIST. De son côté, Moscou craint fort justement une
volonté de voir minimiser le rôle de l’Armée rouge et de l’URSS
dans la victoire sur le fascisme. En effet, « les nouvelles générations
d’Europe occidentale (mis à part les Allemands) et des Etats-Unis sont
tentés de croire que ce sont le Royaume-Uni et les Etats-Unis qui ont
remporté la guerre. Les festivités de Moscou, de par leur envergure, ont
pour tâche de les convaincre du contraire », rappelaient les
IZVESTIA.
Pourtant des voix s’élèvent pour dénoncer le révisionnisme
atlantiste. « Le rôle prépondérant de l’Union soviétique
dans la défaite hitlérienne sera-t-il enfin reconnu, ou bien
s’agira-t-il d’un simple rituel de politesse à la mémoire de civils
et soldats d’un pays étranger, sans que l’on mesure véritablement ce
que nous leur devons ? » s’interroge Jonathan Steele dans
THE GUARDIAN (16). Cet éditorialiste
britannique dénonce cette forme de révisionnisme historique concernant
la Seconde Guerre mondiale en la mettant en parallèle avec celle du génocide
nazi : « Si la négation du rôle de l’Union soviétique
et de l’Armée rouge n’est pas aussi perverse que la négation de
l’Holocauste, elle est néanmoins largement répandue en Occident (…)
Personne ne peut contester le fait que, après le débarquement allié en
Normandie les Occidentaux s’attaquaient à 58 divisions allemandes alors
que l’URSS en affrontait 228. L’Armée rouge a donc infligé 80 % des
pertes à la machine de guerre nazie – mais combien d’hommes
politiques européens et américains l’admettent ? ».
Ce refus de reconnaître à sa juste valeur
l’apport décisif de l’Armée rouge dans la victoire contre Hitler est
tout aussi mensonger que le discours – typique de l’idéologie libérale-atlantiste
– visant à placer sur un même plan le nazisme et le stalinisme. « Les
éminents historiens du XXe siècle que sont Moshe Lewin et Ian Kershaw
ont déjà démontré, dans leur ouvrage sur le stalinisme et le nazisme,
l’inefficacité d’une telle approche, car les deux régimes ont des
points de divergence fondamentaux », précise encore Jonathan
Steele. « Sous Staline, il n’y avait rien de comparable avec
les concepts et les politiques nazis de stérilisation des ‘inaptes’,
d’euthanasie des personnes considérées comme un fardeau pour la société,
de nations ‘sous-humaines’ et de camps d’extermination des Juifs »,
rappelle le journaliste. En d’autres termes, « à la différence
du régime stalinien, le régime nazi ne peut être perçu comme une
dictature de modernisation. Il est préoccupé par la renaissance
nationale et la suprématie fondées sur la purification raciale et la régénération ».
Steele s’en prend enfin – en des termes
similaires aux nôtres – aux dirigeants baltes d’aujourd’hui qui « ont
également tort de prétendre que les régimes d’avant-guerre dans les
Etats baltes n’étaient pas autoritaires et chauvinistes et que
l’occupation soviétique était égale, voire pire que celle des nazis.
Il suffit de lire les mémoires des rares survivants juifs lituaniens ».
Même arguments chez l’académicien Alexandre
Tchoubarian, directeur de l’Institut de l’Histoire universelle de
l’Académie des Sciences de Russie, intervenant, à Moscou ce 3 février
2005, au cours d’une « conférence consacrée à la période de
la crise internationale d’avant-guerre » et opposant
historiens russes et lettons. Sur la question de l’adhésion des républiques
baltes à l’Union Soviétique en 1939-1940, et en réponse aux arguments
du révisionnisme balte, les savants russes ont jugé parfaitement « injustifié
de parler d’une responsabilité égale de l’Allemagne fasciste et de
l’Union Soviétique pour l’escalade de la crise d’avant-guerre et
d’autant plus pour le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale (…)
Les événements liés à la signature du Traité soviéto-allemand du 23
août 1939 (Pacte Molotov-Ribbentrop) doivent être examinés et analysés,
tant des points de vue politique, idéologique et juridique, que compte
tenu des réalités historiques concrètes de l’époque », a
souligné Tchoubarian. « Les mesures adoptées par le régime de
Staline pour rattacher les républiques baltes à l’Union Soviétique
n’avaient été en fait qu’une contrainte face à la menace militaire
grandissante de la part de l’Allemagne fasciste qui avait écrasé la
France en 1940 », a fait remarquer Alexandre Orlov, représentant
l’Institut de l’histoire militaire du ministère de la Défense de la
Fédération de Russie. « Il avait été indispensable d’empêcher
la création d’une tête de pont allemand à proximité immédiate des
frontières de l’Union Soviétique. C’est une stratégie d’une
limite avancée », a encore précisé l’historien militaire
russe. Mikhaïl Magkov, directeur du Centre de l’histoire militaire à
l’Institut de l’Histoire universelle de l’Académie des Sciences de
Russie, souligne que « les historiens russes ont rappelé à
leurs collègues lettons ce conflit global qu’avaient préparé Hitler
et la direction nazie, ces objectifs que s’étaient assignés les
fascistes à l’époque. Il ne s’agissait pas seulement de triompher de
l’URSS, mais d’exterminer les gens ».
POURQUOI
MINIMISR LA VICTOIRE SOVIETIQUE ?
En Europe occidentale même, d’autres voix s’élèvent
pour refuser ce révisionnisme atlantiste. Ainsi Guy SPITAELS, Jean-Marie
CHAUVIER et Vladimir CALLER, respectivement Ministre d’Etat et écrivain
et journalistes, dans LA LIBRE BELGIQUE (17),
sous le titre « Pourquoi minimiser la victoire « rouge » ? »,
développent une argumentation difficilement réfutable dont ils précisent
que « ce n’est pas d’ « une opinion »
qu’il s’agit ici, mais de faits historiques peu connus des nouvelles générations » :
« Pourquoi réduire aujourd’hui le rôle majeur des Soviétiques
dans la victoire sur le nazisme en 1945 ? Et l’action des résistances
nationales ? Avec la guerre froide, l’historiographie occidentale a
surtout crédité les Anglo-Saxons (…) Pourquoi ce qui était « vérité »
en 1945, au moment de la victoire sur le nazisme, n’aurait-il plus cours
aujourd’hui ? Cette victoire eut pour principaux artisans l’Armée
Rouge et le peuple soviétique. La moitié au moins des victimes de la
Deuxième Guerre mondiale étaient soviétiques. Les chefs nazis avaient
prévu la disparition de 30 millions au moins d’ « Untermenschen »
(sous-hommes) soviétiques, et la déportation d’un autre contingent de
30 millions. Dans les territoires occupés, ils ont réussi à exterminer
10 millions de personnes, dont 2,7 millions de Juifs. La « mort
programmée » de 3,3 millions de prisonniers soviétiques rien
qu’en 1941-42 ! Le siège de Léningrad, les « milliers
d’Oradour » en Biélorussie, en Russie et en Ukraine, les 70000
villages détruits, les innombrables massacres perpétrés par les
Einzatsgruppen, les SS, la Wehrmacht et leurs auxiliaires nationalistes ou
fascistes (polonais, baltes, lettons, lituaniens, ukrainiens), un génocide
auquel les Soviétiques ont pu soustraire un million de Juifs (…) Le rôle
majeur des Soviétiques dans la victoire fut reconnu, en 1945, par les
principaux chefs politiques et militaires des pays de la coalition
anti-hitlérienne – le président américain Franklin Roosevelt, le
premier ministre britannique Winston Churchill et le général de Gaulle.
Nos libérations auraient-elles pu avoir lieu sans les victoires soviétiques
remportées successivement à Moscou, Stalingrad et Koursk, la grande
contre-offensive qui mena les armées du maréchal Joukov à planter le
drapeau rouge, à Berlin, sur le Reichstag ? Sans ces victoires
« rouges », le judéocide nazi n’aurait-il pas continué
jusqu’à la liquidation des 11 à 12 millions de Juifs d’Europe qui était
l’objectif poursuivi ? Il semblerait qu’on veuille parler le
moins possible, désormais, de cette contribution soviétique (…)
Les recherches récentes des historiens allemands,
puisant dans de nouveaux fonds d’archives, confirment et détaillent le
génocide en montrant les complicités locales, notamment en Galicie
orientale ex-polonaise. Ils attestent que l’extermination des « Untermenschen »
slaves et les débuts du judéocide font partie d’un seul et même
processus, inscrit dans l’Histoire de cette guerre à l’Est aux visées
coloniales et racialistes (…)
Une autre vérité doit être rappelée. Le « front
de l’Est » contre le « judéo-bolchevisme », selon la
définition nazie du pouvoir soviétique, n’était pas le fait des seuls
Allemands. Des troupes alliées de Roumanie, de Hongrie, d’Espagne,
d’Italie, de Croatie, des légions et divisions SS venues de toute
l’Europe, y compris du pays flamand et de Wallonie, y ont appuyé
l’entreprise nazie, avec la bénédiction de certains clergés. Certains
historiens se croient d’ailleurs fondés à parler de « guerre
civile européenne », où l’Europe « chrétienne et civilisée »
se serait coalisée aux côtés des fascismes « contre la barbarie
bolchevique ». Une thèse qui convient aujourd’hui à ceux qui, en
Allemagne et parmi les héritiers des nationalismes collaborateurs en pays
baltes et en Ukraine, ou en Flandre, entendent réhabiliter les anciens SS
et les mouvements nationaux ou « antistaliniens » qui se
fourvoyèrent avec Hitler jusqu’à prendre part au génocide nazi ».
Et ils terminent ce réquisitoire implacable par la
confdamnation ans appel du révisionnisme balte : « Ainsi,
nous souhaitons simplement qu’en ces 8 et 9 mai, journées anniversaires
de la capitulation nazie, certains faits historiques ne soient pas
victimes du mensonge par omission. Et que l’occasion ne soit pas saisie
pour réhabiliter la collaboration et ériger des monuments aux anciens SS ! ».
UN
AUTRE VISAGE DU STALINISME
La propagande américaine, reprise par ses valets
occidentaux, assimile sans cesse STALINE et HITLER, l’espoir et
l’enfer. Les Américains, qui n’ont jamais connu la guerre sur leur
sol, ont oublié les trente millions de morts soviétiques de la Grande
guerre patriotique. Des historiens partiaux comme FURET, le renégat
COURTOIS ou l’équipe de Thierry WOLTON accréditent d’ailleurs cette
thèse d’une parenté entre Stalinisme, Bolchevisme et
National-socialisme, faisant de STALINE le complice de HITLER.
Un livre de Thierry WOLTON, « ROUGE BRUN »
(18), comprend d’ailleurs un chapitre sur les
Nationaux-bolchéviques russes et allemands (19),
qui est une véritable insulte à la mémoire des uns et des autres.
La vérité est que l’Union soviétique depuis la Révolution
d’Octobre était une citadelle assiégée, qui avait connu la guerre
civile et l’intervention étrangère. Une réalité omniprésente à la
mémoire de STALINE et des soviétiques, comme le leader soviétique le
rappelait aux heures les plus sombres de l’offensive allemande, lors de
l’anniversaire de la Révolution d’Octobre du 2 novembre 1941 à
Moscou : « Il y a eu des jours où notre pays connut une
situation encore plus pénible. Rappelez-vous l’année 1918, date à
laquelle nous célébrions notre premier anniversaire de la Révolution
d’Octobre. Les trois quarts de notre pays se trouvaient alors aux mains
de l’intervention étrangère. Nous avions momentanément perdu
l’Ukraine, le Caucase, l’Asie centrale, l’Oural, la Sibérie,
l’Extrême-orient. Nous n’avions pas d’alliés, nous n’avions pas
d’Armée rouge, – nous étions seulement en train de la créer ; nous
manquions de blé, d’armement, d’équipement. Quatorze Etats
enserraient notre pays, mais nous ne nous laissions pas décourager, ni
abattre. C’est dans le feu de 1a guerre que nous organisions alors notre
Armée rouge et avions changé notre pays en un camp retranché.
L’esprit du grand Lénine nous inspirait alors pour une guerre contre
l’intervention étrangère. Et qu’est-il advenu ? Nous avons battu
l’intervention, récupéré tous les territoires perdus et obtenu la
victoire ». (20)
Les pseudo « arguments » des COURTOIS et
autres WOLTON relatifs à
la soi-disant « complicité
de STALINE pour HITLER », à sa « passivité »
qui aurait expliqué ce qu’ils appellent « l’effondrement des
armées soviétiques devant l’assaut hitlérien », sont
aujourd’hui confrontés à l’ouverture des archives militaires soviétiques
à Moscou. Celles-ci ne concordent guère avec les thèses des historiens
libéraux. Les archives soviétiques dont nous disposons confirment la réalité
historique de la figure héroïque d’un STALINE inflexible, refusant de
quitter Moscou alors que les armées nazies sont à moins de 20 kilomètres
du Kremlin.
Un autre visage du Stalinisme en ressort, qui, dès
1940, se prépare à faire face à l’assaut hitlérien.
Les éditions PRESIDIO PRESS, bien connues des
amateurs d’histoire militaire, ont publié une nouvelle analyse de la
campagne allemande de 1941, la fameuse Opération Barbarossa, qui finit
par échouer devant Moscou, au mois de décembre de la même année.
« THUNDER ON THE DNEPR – ZHUKOV-STALIN AND THE DEFEAT OF
HITLER’S BLITZKRIEG », est l’œuvre de deux auteurs : un
historien américain, Bryan FUGATE, et un historien russe, ancien officier
d’état-major de l’armée soviétique, le colonel Lev DVORETSKY (21).
« Cela constitue d’ailleurs … un gage de qualité, car cette
« double vision » est assortie d’une « plongée »
particulièrement bien informée dans les archives soviétiques récemment
déclassées et les plus originales. De nombreuses légendes sont ici
mises à mal : l’excellence des généraux allemands et les
entraves supposément mises en travers de leur route par l’immixtion
politique de HITLER dans leurs décisions ; le caractère central de la
boue et du « général Hiver » dans l’échec allemand, etc.
Non, il apparaît bien en effet que les Soviétiques, malgré de graves
lacunes et déficiences, disposaient tout de même de stratèges de bon
niveau tels que Joukov ou Timoshenko, et qu’ils avaient soigneusement
planifié une partie de leurs actions de retardement et d’attrition de
l’armée allemande ». (22)
Ce nouveau regard sur la conduite de la guerre par le
maréchal STALINE fait également apparaître des faits que les critiques
considèrent comme « troublants », notamment le piège
stratégique « tendu aux armées allemandes du centre, que
STALINE et ses généraux ont attiré devant Moscou pour les y écraser ».
Bien loin des soi-disant « erreurs politiques et stratégiques »
d’un STALINE paralysé de sympathie pour un régime nazi qui était la négation
même de la vision de l’homme nouveau que prônait le Bolchévisme et la
Russie soviétique. « On y apprend aussi des faits aussi
troublants que « parlants » pour les praticiens du jeu
d’histoire que nous sommes : ainsi le fait que les bonnes décisions
prises par ces deux généraux soviétiques durant cette désastreuse année
1941 étaient principalement le résultat d’études réalisées en 1940
et dans les premiers mois de 1941 lors de gigantesques séances de
« kriegspiel » menées au Kremlin, en présence de Staline, et
qui avaient abouti à la conclusion que, non seulement les Allemands
pouvaient être stoppés avant Moscou, mais encore qu’il était alors
vain, pour l’Armée rouge, de contre-attaquer trop tôt. Ces jeux
avaient encore montré qu’une défense en profondeur devait être disposée
tout au long du Dniepr, dans le but de ralentir et d’épuiser les
Allemands. Le centre de gravité de ce dispositif allait être situé sur
la petite localité de Yelnia (nom bien obscur en regard de Leningrad,
Stalingrad et autre Koursk… !), où de féroces combats se déroulèrent
bel et bien à l’automne 1941. Là, l’Armée rouge tendit une « embuscade
stratégique » au Groupe d’armées Centre, lequel se montra dès
lors incapable de résister à la contre-attaque soviétique de décembre ».
(23)
LA POPULARITE DE STALINE EN RUSSIE
AUJOURD’HUI
Ce rôle essentiel, crucial, de Staline dans la
victoire de 1945 explique pourquoi la figure du Maréchal soviétique s’impose
aujourd’hui, malgré cinq décennies de calomnies, dans la mémoire et
le cœur des Russes.
Car il existe une forme de révisionnisme encore plus
insidieuse, rencontrée chez les anciens partisans du Gorbatchévisme, et
qui est de nier le rôle de Staline dans la victoire. De l’avis du
politologue Leonid Radzikhovsky, « si un autre que Staline
avait été à la tête de l’URSS il n’y aurait peut-être pas eu 30
millions de morts, mais il n’y aurait pas eu non plus la Victoire (…)
L’apport gigantesque fait par Staline (et aussi par son parti et son
système) à la Victoire est indéniable ». « Les
mots « le peuple a vaincu sans Staline » ont un sens émotionnel,
seulement ils n’ont aucune teneur réelle. Il est clair que c’est le
peuple qui combat, le peuple qui est organisé, qui est dirigé »,
a dit le politologue dans une interview accordée au quotidien
gouvernemental ROSSISKAÏA GAZETA.
L’opinion publique russe ne s’y trompe pas. Et la
politique du Kremlin l’a bien compris.
« Depuis des mois, le Kremlin prépare les cérémonies
qui vont célébrer – dans tout le pays – la victoire et la grandeur
de la Russie soviétique et la grandeur de son chef Joseph Staline,
redevenu très populaire sinon clairement réhabilité »
soulignait RFI (24). « Dans les rues
de Moscou, des affiches qui reproduisent le graphisme des vieilles
affiches soviétiques rendant hommages aux anciens combattants et à
l’URSS victorieuse sont omniprésentes et réaffirment les grandes
filiations du nationalisme russe : Koulikovo, la victoire du prince
Donskoï contre les Mongols en 1380 ; Borodino, la victoire de
Koutouzov contre la Grande armée de Napoléon en 1812 ; et l’épopée
qui fit basculer la Seconde guerre mondiale de Stalingrad à la prise de
Berlin », c’est-à-dire fort précisément les axes de la
propagande de guerre stalinienne.
« Cette réactivation de mémoire est
d’autant plus en phase avec l’opinion russe que les dernières révolutions
paisibles en Géorgie, en Ukraine ou au Kirghizistan sont perçues comme
des mauvais coups d’une main invisible américaine qui aurait favorisé
aussi le dernier élargissement de l’Union européenne à une dizaine de
pays de l’Est... autant de bouleversements qui ont passablement réduit
la sphére d’influence de l’éternelle Russie (…) En voulant gagner
la bataille de la commémoration, Vladimir Poutine cherche aussi à redire
qu’il n’a pas de leçons à recevoir, ni des Etats-Unis, ni des Européens,
et que son pays reste une grande puissance avec laquelle il faut encore
compter… », ajoute l’éditorialiste de RFI.
CONTINUER LE COMBAT !
Nous ne sommes pas de ceux qui sont attachés
sentimentalement aux mythes historiques, au passé, aux commémorations.
L’usage des « totems de la tribu » – comme
les définissait cyniquement Koestler – n’a de sens que pour
l’action, pour défendre le présent et forger le futur.
Le 9 mai et le débat ouvert par les révisionnismes
jumeaux des Atlantistes et des post-fascistes baltes ont le mérite de nous
rappeler que la guerre commencée en 1917 n’est pas terminée. Que
celle de 1940-45 voyait s’affronter non pas deux mais trois idéologies.
Et que celle qui a pris le devant sur la scène de l’histoire – la libérale-capitaliste
avec son hégémon yankee et son bras armé atlantiste – fait toujours
la guerre aux peuples du monde. Après la « troisième guerre
mondiale », la guerre froide, qu’ils ont gagné, les idéologies
atlantistes, au premier rang desquels figurent les arrogants néo-conservateurs
apparentés à ce fascisme (25) que l’on a
cru terrassé en 1945, entendent mener la « quatrième guerre
mondiale ». « Les néoconservateurs américains pensent
qu’ils ont gagné la troisième guerre mondiale contre l’URSS. Ils se
considèrent aujourd’hui au cœur d’un nouveau conflit planétaire »
(26).
Earl Tilford, ancien directeur de recherche à
l’Institut d’études stratégiques de l’armée américaine nous le
confirme : « C’est la quatrième guerre mondiale. Laissez
tomber le côté racoleur et crapoteux d’Abou Ghraib. Arrêtez de proférer
des slogans idiots comme : « Bush a menti et des soldats
meurent ». Endurcissez-vous et préparez-vous à une guerre longue
et meurtrière. Cette guerre, nous n’avons pas le droit de la perdre ».
Cette « quatrième guerre mondiale », ils
ont voulu en gagner la première bataille en Irak. Le MEIN KAMPF des néocons
s’intitule « notre chemin commence à Bagdad ».
Mais l’histoire a parfois de curieux retours. Et
c’est un disciple de Staline – mais est-ce un hasard ? –
Saddam Hussein qui en organisant la Résistance iraquienne (27)
a imposé un coup d’arrêt aux projets impérialistes. « Il y a
eu, au départ, l’offensive Choc et stupeur, symbole de la disparité
entre l’arsenal et l’organisation industrielle dont disposent les
puissances impériales occidentales et les peuples autochtones qu’elles
conquéraient. Puis il y a eu l’occupation, avec ses fières
proclamations civilisatrices et son arrogance présomptueuse. Il y a eu
aussi la résistance croissante, qui a rapidement pris la forme d’une
guerre de guérilla et a choqué la grande puissance occupante par sa férocité,
sa ténacité, sa cruauté et sa réussite en dépit d’une apparente inégalité
des forces sur le terrain » analyse MOTHER JONES, un magasine de
la gauche californienne (28).
La Résistance ba’athiste nous indique clairement
que l’impérialisme ne se discute mais qu’il se combat. « Plus
un pas en arrière » commandait avec raison Joseph
Staline.
Luc MICHEL
NOTES ET RENVOIS :
(16)
Jonathan Steele, “History shows this drive to the east could bring
disaster. Denial of Russia’s role in defeating Hitler feeds a dangerous
mentality”, THE GUARDIAN, Friday May 6, 2005.
(17)
Guy SPITAELS, Jean-Marie CHAUVIER et Vladimir CALLER, « Opinion
– COMMEMORATION DU 8 MAI 1945. Pourquoi minimiser la victoire « rouge » ? »,
LA LIBRE BELGIQUE, Bruxelles, 9 mai 2005.
(18)
Thierry WOLTON, « ROUGE BRUN, LE MAL DU SIECLE », Ed. J.C.
Lattès, Paris, 1999.
(19)
Ibid, chapitre 11 : « La Synthèse national-bolchévique.
L’attraction des extrêmes ».
Travestissant
l’histoire, et à la suite de beaucoup d’autres, WOLTON oublie de préciser
que les Nationaux-bolcheviques allemands ont été les premiers et les
derniers à résister au REICH nazi, qu’ils ont porté le triangle rouge
et l’étoile jaune pour certains dans les camps d’exterminations
nazis. Et qu’ils n’ont jamais abdiqués.
(20)
J.V. STALINE, « Discours prononcé à la revue de l’Armée
rouge » (sur la place Rouge à Moscou), 7 novembre 1941.
(21)
Bryan FUGATE et Lev DVORETSKY, “THUNDER ON THE DNEPR – ZHUKOV-STALIN
AND THE DEFEAT OF HITLER’S BLITZKRIEG”, Presidio Press, USA
(Californie), 1998.
(22)
(23) Laurent HENNINGER, « La Bibliothèque stratégique,
l’art de la guerre », in « VAE VICTIS », Paris, n°
20, mai-juin 1998.
(24) Richard Labévière, « La bataille de la commémoration »,
RADIO FRANCE INTERNATIONALE, 6 mai 2005.
(25)
Lire sur ce sujet de Justin Raimondo, “Today’s Conservatives Are
Fascists”, (ANTIWAR.COM) BEHIND THE HEADLINES, January 3, 2005.
Extraits:
“The idea that today’s conservatives are in any way defenders of
individual liberty, the free market, and what Russell Kirk called
"the permanent things", i.e., the sacred traditions that have
accumulated over time to constitute the core of our Judeo-Christian
culture, is no longer a defensible proposition. Instead, what used to be
called the conservative movement has morphed, almost overnight, into a
coterie of moral monsters, whose political program is one of unmitigated
evil. (...) In any case, by this time the evidence for the malevolent
transformation of the American Right is all around us – in the ravings
of Fox News "commentators," in the sheer existence of Ann
Coulter, in the usurpation of a formerly respectable political tendency by
the greasy evasions of the "neo"-conservatives. This change is
most starkly dramatized in three disturbing trends: Widespread support on
the Right for internment of Japanese-Americans during World War II,
touting Michelle Malkin’s shoddy-to-nonexistent scholarship, with the
implication that we should be contemplating the same treatment for
Americans of Arab descent, the justification of torture when utilized by
the American military in the name of the "war on terrorism" by
"conservative" legal theorists, and advocacy of a ruthlessly
aggressive foreign policy of military expansionism, supposedly in order to
spread "democracy" around the world (...) the totalitarian
sickness is gnawing away at the very vitals of the American conservative
movement. This cancer germinated as a result of the Right’s lockstep
support for the worldwide "war on terrorism," which they take to
mean not just the ongoing conflict in Iraq, but a perpetual war for
perpetual "peace". (...) It is the banner of a thoroughly
degenerated and corrupt "conservatism" that is, in effect,
fascism – a blueprint for totalitarianism erected in the name of
fighting "terrorism". (...) Mussolini never got his thick mitts
on nuclear weapons, and for that we ought to be grateful: but today’s
neocons do have access to nukes, via their sock puppet in the White House,
and thus represent an imminent threat. They are not only waging an immoral
and destructive war in Iraq – a war destructive of U.S. interests as
well as Iraqi lives – but they are moving on new fronts, from Syria to
Russia and the Caucasus, to start new conflicts. This is the main
justification and motivating factor behind their political agenda: tyranny
on the home front and blood-lust abroad (...) Surely "fascism with a
‘democratic’ face" sums up the Bushian "global democratic
revolution" just as accurately and succinctly, although admittedly
this fails to capture the full horror of what the "liberation"
of Iraq actually entails. Perhaps "fascism with a democratic face –
and bloodstained hands" is more precise”.
(26)
(28) Tom Engelhardt, « La quatrième guerre mondiale a-t-elle
débuté ? », in MOTHER JONES, traduction française dans
COURRIER INTERNATIONAL – n° 757 – 4 mai 2005.
(27)
Cfr. Luc MICHEL, « LA
RESISTANCE BA’ATHISTE EST INCONTOURNABLE ! », Editorial
du 6 mai 2005, « AL
BA’ATH AL IRAQI” , N° 55.
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